Ver de Guinée : bientôt la 2e maladie éradiquée après la variole

Après la variole en 1980, le ver de Guinée pourrait devenir la deuxième maladie humaine éradiquée de l'histoire.
Jeune fille collecte de l'eau dans un étang sacré à Ogi (Nigeria)
Cette jeune fille collecte de l'eau dans un étang sacré à Ogi (Nigeria). Grâce au traitement de l'eau et à l'installation de marches empêchant la contamination, elle ne risque plus de contracter le ver de Guinée.

Sommaire

Un chiffre qui donne espoir : 10

Dix. C’est le nombre de cas humains de ver de Guinée recensés dans le monde entier en 2025. Pas dix mille. Pas cent. Dix. C’est le chiffre le plus bas jamais enregistré depuis le début de la surveillance de cette maladie, et il représente une baisse de 33 % par rapport aux 15 cas de 2024.

 

Le Carter Center, organisation américaine à but non lucratif qui pilote la campagne mondiale d’éradication depuis 1986, a annoncé ces chiffres historiques juste après le premier anniversaire du décès de son fondateur, l’ancien président américain Jimmy Carter (1).

 

Pour remettre les choses en perspective : quand le Carter Center a pris la tête de cette campagne en 1986, la maladie touchait environ 3,5 millions de personnes chaque année dans 21 pays d’Afrique et d’Asie. Aujourd’hui, on parle de 10 cas dans 3 pays. C’est une réduction de plus de 99,99 %. Oui, vous avez bien lu.

C'est quoi exactement, le ver de Guinée ?

Avant de célébrer (et on va le faire !), un petit point pour comprendre de quoi il s’agit. La dracunculose, mieux connue sous le nom de « maladie du ver de Guinée », est une maladie parasitaire transmise par la consommation d’eau contaminée. Environ un an après le contact avec l’eau infectée, les personnes développent une ampoule, généralement au niveau du mollet ou du pied, d’où le ver émerge lentement (2).

 

Ce ver mince comme un spaghetti peut mesurer jusqu’à un mètre de long. Pour s’en débarrasser, il faut l’enrouler délicatement autour d’un bâton en le tirant progressivement à travers la peau, un processus qui peut prendre plusieurs semaines. Ce n’est pas fatal dans la plupart des cas, mais c’est extrêmement douloureux et débilitant, pouvant immobiliser les personnes atteintes pendant des mois.

 

Ce qui rend cette maladie encore plus cruelle ? Il n’existe aucun médicament ni vaccin contre elle. L’éradication se fait entièrement par la prévention, l’éducation des communautés et l’accès à une eau potable sûre.

Dracunculus medinensis larvae
Dracunculus medinensis larvae

Une victoire humaine, pas médicale

C’est peut-être ce qui rend cette avancée encore plus belle : au lieu de trouver un médicament, la campagne a cherché à briser le cycle de vie du parasite dans les communautés, en convainquant des millions de personnes de changer leurs comportements. Des filtres à eau, des puits protégés, des bénévoles formés dans les villages les plus reculés du monde, et une volonté collective inébranlable.

L’Organisation mondiale de la santé a d’ores et déjà certifié 200 pays exempts du ver de Guinée. Il n’en reste plus que 6 à certifier : l’Angola, le Tchad, l’Éthiopie, le Mali, le Soudan du Sud et le Soudan (3).

Jimmy Carter, l'homme qui voulait voir le dernier ver mourir

Difficile de parler de cette victoire sans mentionner Jimmy Carter, le 39ᵉ président des États-Unis, décédé en décembre 2024. Même après son entrée en soins palliatifs en 2023, ses proches rapportent qu’il continuait à demander des nouvelles du ver de Guinée. En 2015, il avait déclaré : « J’aimerais que le dernier ver de Guinée meure avant moi. » Il n’a pas pu voir ce moment, mais il s’en est approché de très près (1).

 

« Le président Carter a toujours dit qu’il voulait survivre au dernier ver de Guinée. S’il n’a pas tout à fait obtenu ce qu’il souhaitait, lui et Madame Carter seraient fiers de savoir qu’il n’y a eu que 10 cas humains signalés en 2025. Et ils nous rappelleraient que le travail continue jusqu’à ce qu’on atteigne zéro », a déclaré Paige Alexander, PDG du Carter Center (1).

Président Jimmy Carter Portrait
Portrait du 39ème président des Etats-Unis Jimmy Carter

La 2ᵉ maladie éradiquée de l'histoire — un événement unique

Depuis que l’humanité existe, nous n’avons réussi à éradiquer qu’une seule maladie : la variole, en 1980. Une seule en des millénaires.

 

Le ver de Guinée est sur le point de devenir la deuxième. Et pas n’importe comment : ce serait aussi la première maladie parasitaire éradiquée de l’histoire, et la première à l’avoir été sans médicament ni vaccin (2). Deux records en un.

 

Pour qu’une maladie soit officiellement déclarée éradiquée, chaque pays du monde doit être certifié exempt d’infections humaines et animales. On n’y est pas encore tout à fait, mais on n’en a jamais été aussi proche.

Et après ?

D’autres maladies suivent de près. L’OMS vise notamment l’éradication du pian d’ici 2030, une infection bactérienne touchant surtout les enfants, traitable par antibiotiques. En 2025, l’OMS a reconnu 136 pays exempts de transmission du pian, contre un seul en 2020 (3). La médecine avance. L’humanité avance. Et parfois, on mérite de s’arrêter pour le remarquer.

kenya fille heureuse
Fille du Kenya

Sources

(1) Carter Center — Annonce officielle des chiffres 2025 : https://www.cartercenter.org/news/guinea-worm-announcement/

(2) Euronews — « Le ver de Guinée proche de devenir la deuxième maladie éradiquée après la variole » (4 février 2026) : https://fr.euronews.com/sante/2026/02/04/le-ver-de-guinee-proche-de-devenir-la-deuxieme-maladie-eradiquee-apres-la-variole

(3) Le Point — « 44 ans après la variole, une deuxième maladie bientôt éradiquée du monde » : https://www.lepoint.fr/sante/44-ans-apres-la-variole-une-deuxieme-maladie-bientot-eradiquee-du-monde-15-02-2023-2508726_40.php

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